La parole est donnée ! Gianni Frizzo et Matteo Pronzini

Réflexions sur le travail
Université d'été à Port de Bouc
25, 26 et 27 septembre 2008
20 lignes pour ouvrir le débat : Comprendre une lutte du point de vue de l'activité ?
Gianni Frizzo
Porte parole du comité de grève
Matteo Pronzini
Syndicaliste UNIA
« Giù le mani dall'officina ! (Bas les pattes des ateliers !) »
Les ateliers de maintenance de la société des chemins de fer fédéraux suisses (CFF), installés depuis plus d’un siècle dans la ville de Bellinzone, capitale du canton du Tessin, ont vécu une mobilisation historique au cours des premiers mois de l’année 2008. Il s’agit d’un centre d’entretien et de maintenance de locomotives et de wagons ferroviaires qui emploie environ 400 personnes, dont l’histoire remonte à la fin du XIX siècle et participe intimement au développement local de la région.
A la suite de la décision de la direction de CFF de fermer les ateliers de Bellinzone – décision motivée par la volonté de faire des économies, notamment par l’externalisation d’une partie de l’activité de maintenance –, l’ensemble du personnel commence une grève qui durera quatre semaines et conduira la direction à retirer son projet initial et à entamer des négociations, après l’intervention du ministre suisse des transports.
Cette lutte marque une étape significative dans le long parcours des acteurs syndicaux et internes aux ateliers (dont la collaboration dure depuis plusieurs années) : ce qui est vécu et dénoncé par ce collectif de techniciens spécialisés, soumis à une décision relativement opaque au vu des bons résultats techniques et économiques de leur activité, produit un effet inattendu de grande ampleur auprès de la population. Rapidement, les médias prennent parti pour les grévistes et couvrent tous les jours l’avancée de leur lutte, la population de la région s’organise pour collecter des fonds de solidarité et apporter des produits frais pour les repas organisés dans les ateliers, politiques et personnalités défilent à la tribune de l’assemblée de grève pour transmettre leur soutien aux ouvriers.
La pression sociale qui conduit à ce succès politique et médiatique peut se comprendre si l’on considère la forte identification aux grévistes de la population, des salariés de nombreuses entreprises qui subissent tous les jours les travers de politiques managériales qui méprisent la qualité du travail réalisé et les conditions de vie des travailleurs.
L’intervention de Gianni Frizzo (porte parole du comité de grève) et de Matteo Pronzini (syndicaliste UNIA) se fera en deux temps. Un premier temps de récit pour comprendre les raisons de cette lutte dans le contexte social et économique des ateliers de Bellinzona. Un deuxième temps proposera quelques réflexions à soumettre au débat. Deux questions seront abordées plus particulièrement :
1/ le sens de cette lutte au-delà des frontières de ce centre de maintenance, qui explique la forte mobilisation sociale et le soutien populaire des grévistes ; une indication que dans leur histoire se jouait un « drame » que connaissent d’autres salariés ;
2/ l’organisation et la conduite de la lutte comme activité de travail, pour lire de l’intérieur comment peut fonctionner une « gestion » d’un projet collectif de manière participative et démocratique. Ce sera également l’occasion de mettre en évidence les difficultés et les « manques » pour lesquels des échanges sont nécessaires avec d’autres militants, professionnels et chercheurs.
La projection d’un documentaire qui retrace l’histoire de cette lutte sera proposée au cours de l’Université d’été aux personnes intéressées.